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Dès la fin du XVIIIe siècle, des voix issues des milieux de l’éducation et de la protection de la famille commencent à dénoncer les méfaits de l’industrialisation en Suisse. L'inquiétude se propage et grandit surtout dans la partie orientale du pays, où la mécanisation de la production a été introduite de manière précoce dans le secteur textile autour de 1800 déjà. L'écrivain et pédagogue Heinrich Pestalozzi (1746-1827) ou plus tard le pasteur, devenu auteur de romans populaires, Jérémias Gotthelf (1797-1854) décrivent la misère sociale qui s'installe progressivement, parallèlement au développement économique du pays. Avec l'évolution technologique, de nombreuses femmes et de jeunes enfants encore en âge de scolarité (moins de 12 ans vers 1850) intègrent les fabriques, la force physique et la complexité de la tâche n’étant plus un critère d’engagement. Face à la concurrence, notamment anglaise, la prospérité des régions textiles dépend de l’engagement de tous les bras disponibles: hommes, femmes et enfants. La bourgeoisie industrielle recrute une main d'œuvre peu coûteuse auprès des familles indigentes, prêtes à gagner le moindre sou pour améliorer leur quotidien, n'hésitant pas à offrir les services de leur nombreuse progéniture. Peu importe la pénibilité des horaires et les conditions de travail souvent inhumaines - jusqu'à 18 heures de travail suivi - , l'exploitation d'enfants parfois tout juste âgés de 5 ans, un travail de nuit pour tous, y compris les femmes. |